Trafic de biens culturels
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La difficile restitution des tissus de Coroma  (21.08.02)
La difficile restitution des tissus volés de Coroma
(Cet article est paru dans le numéro 167 de notre revue SOLIDAIRE.)

La sociopsychologue Cristina Bubba Zamora a assisté la communauté amérindienne de Coroma, en Bolivie, dans sa lutte pour récupérer des tissus cérémoniels volés. Avec succès : une partie des 200 tissus disparus a été restituée. La Déclaration de Berne l'a rencontrée en juin lors de sa venue en Suisse, à l'invitation de l'ONG Traditions pour Demain.

DB : Quelles sont les conséquences de la disparition des tissus pour la communauté ?

CBZ : Toute l'histoire de la communauté est tissée dans ces textiles. Leur disparition est une perte irremplaçable d'identité, de mémoire et de dignité. Ces tissus sont des ponts pour communiquer avec les esprits des ancêtres qui les habitent. Par leur biais, les gens de Coroma demandent l'assistance et l'agrément des ancêtres pour chaque acte important de la vie des individus et de la communauté.
Leur disparition crée d'abord des tensions dans la communauté car les gens se soupçonnent et s'accusent mutuellement. Mais surtout, le contact avec les ancêtres est coupé. La communauté se sent précipitée dans l'obscurité, sans protection, privée d'une partie de son énergie et de son pouvoir. Tous les malheurs qui arrivent sont alors imputés à la disparition des tissus.

Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans vos démarches pour la restitution des tissus volés qui se trouvaient aux Etats-Unis et au Canada ?

D'abord, cela prend beaucoup de temps : 12 ans de procédures au Canada. Il nous a fallu prouver la provenance, la propriété, le vol des tissus. Les démarches coûtent très cher en frais de justice et d'avocats. Les gens de Coroma ne parlant pas anglais, nous avons dû tout traduire en quechua et en aymara. Mais nous avons eu de la chance : les tissus étant la propriété collective de la communauté et étant interdits de vente et d'exportation, ils ne pouvaient pas avoir été acquis licitement.
Le plus éprouvant fut la confrontation avec les marchands d'art impliqués. Ce sont des personnes riches qui ont beaucoup de relations au plus haut niveau. Il est très difficile de leur faire réaliser qu'ils ont commis une erreur en acquérant ces objets cérémoniels. Certains marchands ont affirmé que les tissus ne venaient pas de Coroma et ont même mis en doute la capacité de ses habitants à reconnaître leurs propres biens.

Quelle est l'importance de la Convention de 1970 de l'UNESCO pour lutter contre le trafic illicite de biens culturels ? Pourquoi est-il important que la Suisse la ratifie ?

La Convention de l'UNESCO de 1970 est importante. Mais en fait beaucoup dépend des lois nationales d'application. Au Canada, la restitution fut plus facile car la loi canadienne reconnaît automatiquement comme illégales les exportations illicites en regard de la loi d'autres pays. Aux Etats-Unis par contre, il a fallu conclure un traité bilatéral d'urgence entre les Etats-Unis et la Bolivie.
Mais le cadre juridique n'est pas tout. Tant qu'il y aura une forte demande, le problème persistera. Il faut une prise de conscience générale, en particulier chez les collectionneurs et les amateurs d'art, des dommages que cause le trafic illicite d'objets culturels. Sinon, la mémoire et le patrimoine de l'humanité ne cesseront de s'effacer.
La ratification par la Suisse de la Convention va certainement aider la lutte internationale contre le trafic illicite de biens culturels, notamment d'art précolombien, car la Suisse est une place majeure du marché mondial de l'art. Cela aura certainement un rôle préventif en sensibilisant les commerçants et les collectionneurs d'art suisses au problème.

Interview réalisée par M.D. & J.R.


Pour en savoir plus :

  www.rolexawards.com/laureates/laureate2.jsp?id=0007

  Traditions pour Demain:
12, promenade John Bersey, 1180 Rolle
Tél. 021 825 23 62
E-mail trad@ fgc.ch



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